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Racisme et Islam : une contradiction que l’histoire ne peut ignorer

À l’occasion de la Journée internationale pour l’élimination de la discrimination raciale, célébrée chaque année le 21 mars, nous souhaitons partager notre réflexion sur un sujet qui nous tient profondément à cœur. Car si cette journée invite toutes les sociétés à se regarder en face, elle interpelle aussi les communautés de foi — et notamment les musulmans — à mesurer l’écart entre leurs principes fondateurs et certaines réalités vécues. C’est dans cet esprit d’honnêteté et de responsabilité que nous proposons cette réflexion.

Un fléau universel, y compris dans les pays musulmans

Le racisme est partout. En France, en Europe, dans les Amériques, en Asie, en Afrique— et aussi, il faut avoir le courage de le dire, dans les pays à majorité musulmane. Aucune société n’en est épargnée, quelle que soit sa culture, sa religion ou son histoire. C’est une réalité difficile à admettre, mais nécessaire, car on ne combat bien que ce que l’on accepte de regarder en face.

Ce qui rend la situation particulièrement paradoxale pour les musulmans, c’est que leur religion condamne le racisme de manière explicite, répétée et sans la moindre ambiguïté. Dès les premières décennies de l’islam, au VIIe siècle, le Prophète Muhammad a fait de l’égalité entre les êtres humains un principe fondamental — indépendamment de leur couleur de peau, de leur origine ou de leur langue. Le Coran le dit, les paroles du Prophète le confirment, et son dernier grand discours public en a fait l’un des messages essentiels à transmettre à toutes les générations futures.

Ce que dit le Coran : la diversité humaine comme richesse, non comme hiérarchie

Le Coran aborde la question avec une clarté qui n’a pas pris une ride. L’un des versets les plus connus sur ce sujet se trouve dans la sourate Al-Hujurat :

« Ô hommes ! Nous vous avons créés d’un mâle et d’une femelle, et Nous avons fait de vous des nations et des tribus, pour que vous vous entre-connaissiez. Le plus noble d’entre vous, auprès de Dieu, est le plus pieux. »

Le message est limpide : si les humains sont différents les uns des autres — par leurs langues, leurs apparences, leurs cultures — ce n’est pas pour se classer ou se dominer, mais pour se découvrir mutuellement. La seule distinction que Dieu reconnaît est celle de la piété, une qualité intérieure que personne ne peut vraiment juger chez son voisin.

Un autre verset, dans la sourate Ar-Rum, va encore plus loin en présentant la diversité des langues et des couleurs de peau non pas comme un problème à résoudre, mais comme un signe de Dieu : « Parmi Ses signes, la création des cieux et de la terre, et la diversité de vos langues et de vos couleurs. » Autrement dit, cette diversité est sacrée. S’en moquer ou la hiérarchiser, c’est s’en prendre à l’œuvre de Dieu lui-même.

Enfin, la sourate Al-Isra rappelle que Dieu a accordé la dignité à tous les fils d’Adam, sans exception. Cette dignité n’est pas méritée, elle n’est pas conditionnelle : elle est donnée à chaque être humain du simple fait de son humanité.

Les paroles du Prophète : une pédagogie concrète et sans compromis

Le Prophète Muhammad n’a pas seulement transmis ces principes en théorie. Il les a vécus, enseignés et défendus au quotidien, parfois avec une fermeté qui surprend encore aujourd’hui par sa modernité.

Dans un hadith particulièrement célèbre, il déclare : « Il n’y a pas de supériorité d’un Arabe sur un non-Arabe, ni d’un non-Arabe sur un Arabe, ni d’un blanc sur un noir, ni d’un noir sur un blanc, si ce n’est par la piété. » Ces mots, prononcés il y a quatorze siècles, pourraient figurer dans n’importe quelle charte des droits humains contemporaine.

Une anecdote illustre à quel point le Prophète prenait la question au sérieux. Un jour, l’un de ses compagnons, Abu Dharr, dit une parole blessante à Bilal — un compagnon d’origine éthiopienne, ancien esclave devenu l’un des hommes les plus respectés de la communauté musulmane — en faisant allusion à sa couleur de peau. La réaction du Prophète fut immédiate et sans détour : « Tu es un homme en qui subsiste encore de l’ignorance. » Abu Dharr, profondément touché, se repentit aussitôt.

Bilal est d’ailleurs une figure hautement symbolique. Africain, ancien esclave, il fut choisi par le Prophète pour être le premier muezzin de l’histoire de l’islam — celui dont la voix appelait à la prière. Ce choix n’avait rien d’anodin dans une société arabe du VIIe siècle profondément marquée par les distinctions d’origine et de statut. C’était un acte fort, une démonstration concrète que les mots du Coran n’étaient pas de la rhétorique.

Le dernier sermon : un testament contre le racisme

En l’an 632, lors de ce que l’on appelle le « pèlerinage d’adieu » — le dernier grand rassemblement du Prophète avant sa mort — Muhammad prononça un discours devant une foule considérable réunie sur la plaine d’Arafat, près de La Mecque. Ce sermon est l’un des textes les plus importants de l’islam. On peut le comparer, dans son esprit, à une déclaration universelle des droits humains.

Parmi les principes qu’il y énonça solennellement, il répéta avec force : « Ô hommes, votre Seigneur est unique, et votre père est unique. Ni un Arabe n’est supérieur à un non-Arabe, ni l’inverse, ni un homme à la peau blanche à un homme à la peau noire, ni l’inverse, si ce n’est par la piété. »

Pourquoi insister sur ce point dans ses dernières paroles publiques ? Parce que le Prophète savait que les préjugés raciaux et tribaux étaient profondément ancrés dans les sociétés humaines, et qu’ils resurgirait à chaque époque sous des formes nouvelles. En choisissant d’en faire l’un des messages centraux de son testament spirituel, il a voulu dire quelque chose d’essentiel : la lutte contre le racisme n’est pas une affaire de mode ou de circonstances politiques. Elle est permanente, universelle, et constitutive de la foi elle-même.

Le paradoxe douloureux : le racisme existe aussi dans les sociétés musulmanes

Il serait malhonnête de s’arrêter là sans aborder une réalité inconfortable : malgré la clarté de ces enseignements, le racisme existe bel et bien dans de nombreuses sociétés musulmanes. Le racisme anti-noir est documenté dans plusieurs pays arabes et nord-africains. Des discriminations liées à l’origine ethnique ou à la tribu persistent dans des contextes très variés. En France même, au sein des communautés musulmanes, des tensions et des préjugés entre personnes d’origines différentes peuvent exister.

Ce constat ne remet pas en cause les principes de l’islam — il montre simplement que les préjugés culturels et les héritages historiques sont tenaces, et qu’ils résistent même à des injonctions religieuses pourtant très claires. C’est précisément pour cela que le travail d’éducation et de prise de conscience ne s’arrête jamais. Rappeler ces textes, les enseigner, les mettre en débat dans les mosquées, les familles et les écoles, c’est une responsabilité collective.

Conclusion

Pour tout musulman cohérent avec sa foi, le racisme n’est pas seulement une injustice sociale ou une faute morale : c’est une contradiction religieuse. Les textes sont clairs, le message du Prophète est sans ambiguïté, et son dernier sermon agit comme un rappel intemporel adressé à toutes les générations. En France comme ailleurs, dans un contexte où les questions d’identité, d’origine et de discrimination sont au cœur du débat public, ces enseignements méritent d’être mieux connus — non seulement des musulmans, mais de tous ceux qui cherchent dans les traditions religieuses des ressources pour construire une société plus juste.

 

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